Chères, chers Camarades,
Cette convention est importante car elle nous rassemble sur trois thèmes stratégiques pour le PPM : le règlement intérieur, l’alliance EPMN et l’autonomie. 

Cette convention témoigne également de la vitalité de notre parti car vous êtes, une fois de plus, nombreux pour partager réflexions, critiques et débattre.

Je souhaite également rappeler que Fort-de-France est un symbole du PPM et que nous devons nous appliquer à poursuivre notre militantisme afin que perdure ce symbole. Il en va de notre responsabilité. 

Je tiens à remercier Edouard De LEPINE, présent aujourd’hui. Edouard fait partie de ceux qui ont très bien connu Aimé Césaire et qui nous transmet, grâce à son analyse d’historien, de précieux éléments nourrissant ainsi notre réflexion pour l’action.

Je tiens également à remercier Jean-Claude WILLIAM, Professeur des Universités, pour sa présence à nos côtés et avec lequel j’ai discuté de la politique familiale et qui m’a livré son approche de la question pour rajeunir et repeupler la Martinique.

Nous ne pouvons oublier Félix CORDEMY qui nous a quittés il y a quelques jours. C’est un exemple pour nous et pour les jeunes, à travers l’expression de sa fidélité et de son engagement aux côtés d’Aimé Césaire. En 1956, il a été membre du Comité provisoire

« Aimé Césaire » qui organisa la riposte aux attaques des communistes suite à la démission d’Aimé Césaire du PCF le 24 octobre 1956. 

Camarades, la situation de la Martinique aujourd’hui impose un discours haut et précis. 

L’heure est grave, car la Martinique est en grande difficulté. Si la Martinique n’était pas dans l’espace républicain démocratique, au vu des pratiques et agissements actuels, elle serait livrée à l’autoritarisme, à l’autocratie.

Plusieurs actes posés quotidiennement illustrent malheureusement cette volonté de mettre à mal la démocratie, la pluralité des points de vue, le droit à la différence.

Nous constatons, de manière répétée, le mépris insupportable et intolérable fait à la démocratie sociale ; les syndicats ne peuvent pas s’exprimer, ne peuvent pas négocier car 

Alfred Marie-Jeanne refuse de les recevoir. La démocratie est bafouée.

Les chantiers structurants mis en œuvre sous la mandature d’EPMN sont malmenés. Or, ces chantiers structurants, qui constituent des actes pour plus d’équité entre les Martiniquais et qui doivent permettre aux plus fragiles de mieux s’inscrire dans la société, sont détruits par l’actuelle gouvernance de la CTM. 

La question du transport à travers le TSCP notamment en est l’exemple le plus criant ; la mobilité étant un moyen pour l’expression de la citoyenneté à travers l’accès à l’emploi, à la culture, aux loisirs…

Or, le TSCP ne sera pas opérationnel si une politique d’indemnisation du transport en général n’est pas mise en place. Il faut d’une décision politique claire et déterminée sur le transport en Martinique; il est fondamental de soutenir un transport public. 

Le BTP pour sa part est en perte de vitesse miné par une décroissance continue. L’indicateur « ventes de ciment » est au plus bas depuis 37 ans !

La dépendance de la Martinique à l’énergie fossile est encore forte, soit 80 %. La Martinique a réussi à réduire de 20 % sa dépendance à cette énergie fossile sous la mandature EPMN grâce à la définition d’une politique énergie claire, forte et déterminée qui s’est traduite notamment par l’obtention de l’habitation énergie. 

La récession gagne la Martinique ; l’augmentation du nombre de chômeurs en est le témoin. 

2017 fera apparaître, sans aucun doute, une hausse du chômage au regard des différents bulletins mensuels diffusés par Pôle Emploi. L’INSEE annonce une hausse des demandeurs d’emploi pour 2017. Pourtant les actions initiées par EPMN à partir de 2010 ont contribué à une baisse régulière du taux de demandeurs d’emploi. Les chiffres du chômage sont les suivants pour 2013 : 22,8 %, 2014 : 19, 4 %, 2015 : 19 % et 2016 : 18 %). En réalité, 2017 est l’année vérité en termes d’impact de l’action de la gouvernance de la CTM sur l’emploi.

La Martinique perd sa signature politique et économique. Elle n’est plus fiable pour les investisseurs qui préfèrent maintenant la Guadeloupe, la Guyane et ailleurs.

Le PPM, habité par l’humanisme de gauche, est un grand parti capable de lutter contre ces partis au pouvoir qui mènent des politiques délétères, des politiques qui dépriment et minent la Martinique, des politiques qui bafouent la démocratie et qui méprisent le peuple. La situation est inquiétante, car elle n’est pas seulement autocratique, elle est affaissement de la morale, de l’éthique. Bref, un système qui part à la dérive.

Ce sombre tableau de la situation de la Martinique nous ramène à cette phrase extraite de la Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire : « (…) Il est temps de mettre à la raison ces nègres qui croient que la Révolution, ça consiste à prendre la place des Blancs et continuer sur le dos des nègres, à faire le Blanc (…). » La vigilance est donc de mise.

Le PPM est un parti patrimoine doté d’une richesse inestimable qui interdit aux Martiniquais(es) de se soumettre. Il convient de transmettre aux générations futures cette richesse pour que vivent la réflexion, le débat, la contradiction, la pluralité des points de vue afin de déployer des actions pour le progrès émancipateur de la femme martiniquaise et de l’homme martiniquais quelles que soient leurs convictions.

Les trois thèmes qui nous réunissent dans le cadre de la convention d’aujourd’hui sont d’une importance capitale pour parvenir à ce progrès émancipateur, par conséquent fondamentaux pour le bien de la Martinique. 

Notre responsabilité politique appelle une clarification sur : 

1) Le règlement intérieur du Parti. Il s’agit de présenter une réforme de ce règlement intérieur, d’une part en retouchant le dispositif disciplinaire pour ne pas abîmer l’image du PPM et éviter les dérives, et d’autre part en revoyant la procédure d’investiture pour qu’il n’y ait plus de contestation. En outre, il n’y aura plus de mise en congé du PPM : cette disposition doit être sacralisée dans le règlement intérieur. 

Pour favoriser la pluralité des points de vue, je souhaite la création de courants politiques à l’intérieur du PPM afin d’enrichir le débat et respecter le droit à la différence sur la base des valeurs qui fondent notre Parti. 

2) L’Alliance EPMN. Le PPM est un parti ouvert. Il faut donc éviter toute fermeture du PPM, pour autant il ne doit pas se diluer. Le PPM proposera de reconstruire l’Alliance dans le cadre d’un débat interne, car, dans l’intérêt de la Martinique il faut rester soudé et jouer collectif. Avec nos alliés, nous devons affiner un socle commun pour parfaire le projet de société ; ce qui renforcera la crédibilité politique. Nous devons habiter le principe posé par Aimé Césaire : « le plus large contre le plus étroit. »

3) L’Autonomie : nous devons mettre en œuvre le droit à l’accession à l’autonomie de manière transparente et méthodique, car il ne s’agit pas d’imposer à la population et à nos alliés l’autonomie. L’autonomie : du grec « autos : soi-même » et « nomos : loi, règle » consiste à faire sa loi soi-même. La décentralisation laisse peu de marge de manœuvre parce qu’elle est administrative et non politique. A titre d’illustration, la question des langues régionales reste entière puisque la France n’a toujours pas ratifié la charte européenne des langues régionales. Dans l’espace constitutionnel, la France ne reconnaît pas les différences. Par ailleurs, l’expression « Outre-mer » est problématique : qui est de l’autre côté de la mer ? Quand la France parle des « DOM-TOM », il s’agit pour elle de résidus ; les pratiques le démontrant. La France est la 2ème puissance mondiale grâce au positionnement géostratégique de l’Outre-mer et de sa biodiversité. Ces atouts doivent être objets de négociation avec la France. La question de l’autonomie doit être abordée avec la France sous l’angle de l’urgence de la résilience politique.

Pour Aimé Césaire, l’autonomie doit être libératrice et réparatrice. Aussi, le PPM a-t-il décidé d’aller au pas du peuple vers la 3ème voie qu’est l’autonomie ; rien ne se fera sans le peuple, ni contre le peuple.

Je souhaite :

– La reconnaissance des Martiniquais en tant que peuple et non pas en tant que population. Puisque nous avons une histoire, une culture propre, une langue, un territoire. A ce titre, je demanderai la modification de l’article 72-3 de la Constitution. En échangeant avec Aimé Césaire sur l’idée d’emblème ou de drapeau qui permettrait l’identification du Peuple martiniquais, il avançait l’argument suivant : « La question de l’emblème est distincte de celle du drapeau. 

Le peuple peut choisir son emblème qui doit exister aux côtés du drapeau de la France et de l’Europe. Un drapeau est synonyme d’indépendance. »

– Un pouvoir juridique de plein exercice en saisissant le contexte des habilitations. Il faut aujourd’hui aller plus loin en demandant plus de responsabilité, de pouvoir pour agir sur notre milieu afin d’adapter les textes de manière permanente. Une modification de l’article 73 alinéa 2 est nécessaire. Ce pouvoir de légiférer de manière globale et d’inscrire les textes dans la durée permettra d’avoir un écosystème juridique qui favorisera la restauration du droit à l’initiative économique, sociale et environnementale grâce à un socle culturel réapproprié.

L’habilitation doit donc être globale et transversale pour une durée d’au moins 20 ans.

– L’instauration d’une clause de sauvegarde pour protéger la production martiniquaise à tous les niveaux. Il s’agit de donner une chance à la production locale et non pas d’être dans une posture de protectionnisme. La mise en place d’une plate-forme d’équivalence des normes pour l’importation de matières premières est nécessaire afin que la Martinique ne soit pas simplement sous le joug de la banane ; il s’agit également de travailler à la diversification de nos produits. 

Il s’agit pour nous de faire éclore la production locale ; l’utilisation de l’article 349 du traité de Lisbonne est trop timide et conservatrice et ne permet pas une prise encompte des spécificités à la hauteur des enjeux auxquels la Martinique est confrontée. 

– Le développement d’une politique familiale. En effet, la situation de dépeuplement de la Martinique est préoccupante. Le besoin de repeuplement de la Martinique devra croiser plusieurs politiques : une politique de natalité, une politique d’immigration et une politique de retour des Martiniquais (es). Les Martiniquais (ses) devront être privilégié(e)s à compétences égales dans les fonctions d’encadrement afin de permettre une « antillanisation de l’encadrement » dite politique d’action positive.

Pour terminer, je dirai qu’aujourd’hui le PPM est l’une des forces majeures d’opposition.

Nous devons nous atteler à la reconstruction d’EPMN pour qu’émerge avec davantage de force la notion de groupe, de collectif au service de l’intérêt général. Actuellement on assiste au sein de la gouvernance de la CTM, à une personnalisation outrancière, à l’absence de philosophie, à l’absence de socle commun et le vide politique s’installe. 

Afin de mieux négocier la complexité politique qui se présente, je convoquerai une réunion au plus haut niveau des instances du PPM avec des personnes de la société civile pour échanger sur les problèmes majeurs de notre société, leur soumettre notre projet, recueillir leurs remarques et conseils dans une démarche de démocratie participative. 

Face à la gravite de la situation, la seule opposition c’est le PPM, c’est EPMN. Alors prenons conscience de notre responsabilité historique !

Vive le PPM

Vive EPMN

Vive la Martinique

Saint-Joseph le 9 décembre 2017

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